jeudi 04 décembre
Article Cascade d glace au Colorado
Voici un article à paraître dans la revue Guides sur notre voyage au Colorado de l'an passé.
« Souvent ignorées au profit de leurs grandes sœurs canadiennes, les cascades
du Colorado et de l’ouest américain en général offrent un véritable intérêt . La beauté sauvage de l’hiver dans les Rocheuses mérite à elle seule une incursion. Une telle destination ne se résume pas à un simple voyage, c’est un cheminement qui permet de mieux comprendre l’alpinisme « made in US »: Engagement et isolement de certains itinéraires ne sont pas de vains mots. Le wilderness est présent à la sortie du virage, parfois là où on ne l’attend pas, et mieux vaut être paré à toute éventualité. Bienvenue sur le fil gelé d‘un « Road Ice Trip»
Janvier 2008. Les yeux embués par 13h d’Airbus nous débarquons dans l’un des plus grands aéroports du pays . Denver est le point de départ pour pénétrer dans les Rocheuses. Fox News, boite automatique, country music à la radio et panneaux 5X3 proclamant « Vasectomy.com, its easier than you think » : pas de doute nous sommes bien arrivés chez l‘oncle Sam.
L’ Interstate 70 qui grimpe jusqu’à la Vail Pass( 3500m) avant de descendre vers l’Utah est l’axe d’accès à la plupart des stations de ski (Crested Butte, Aspen, Snowmass…). Autant dire qu’il y a du monde sur cette route : à éviter absolument le week-end !. De plus la neige étant parfois capricieuse à ce col, mieux vaut se renseigner au préalable sur l’état des routes et avoir opté pour un 4X4...
Pauvres touristes naïfs , nous ne remplissons que la troisième condition. Dans la tempête qui s’abat sur les montagnes notre vitesse d’escargot nous laisse loisir à discuter et siroter une multitude de cappuccinos.
Enfin les lumières de Vail se rapprochent : notre port d’entrée, situé en bord de route, est une station bruyante et peu agréable mais ce soir personne ne fera la fine bouche.
Pour le glaciériste-globe-trotter c’est une première halte à une distance abordable de l‘aéroport. Quelques voies courtes , mais de qualité, sont rapidement accessibles: Rigid Designator, the Fang, …etc.. Mais, in fine, l’intérêt réel est de grimper dans ce qui fut l’une des premières parois de mixte moderne où Jeff Lowe enchaina la célèbre Octopussy (M8 - 1994) . Une ascension qui allait marquer les esprit et entrainer l’avènement du Dry-Tooling en Europe.
Il y a des jours où je hais la neige. Surtout le matin quand il faut dégager la voiture par -20°. « Sur la route » de Kérouac posé sur le tableau de bord (obligé non ?) nous nous enfonçons dans les gorges rougeoyantes de Glenwood Canyon pour s’offrir au passage la Glenwood fall, un joli Grade 4+ de 150m. Cette brève escapade permet de se plonger doucement dans le rythme des voies de plusieurs longueurs . En face Alcatraz(M15) nous tend son dévers monstrueux. N’ayant pas de biceps hypertrophiés sous la main et faisant preuve d’un vilain esprit nous négligeons l’aventure. En lieu et place nous poursuivons le long de la Colorado River pour aller dormir à…. Glenwood Spring (ah, ces bains chauds naturels !). De cette cité il est possible de faire un crochet à Rifle, magnifique canyon, tranquille, temple de l’escalade de haut niveau, offrant également de belles lignes glacées très techniques. 
Il neige toujours.
Sur sa guitare Michael Burks entonne son « One more Chance » et nous nous faufilons vers Redstone, nichée entre les Elk Mountain et la White River National Forest. Dans cette bourgade des cascades telles Avocadro Gully ou The Drool s’adossent à des murs de grès ( sandstone) . La richesse des contrastes, des formes et des couleurs est saisissante. Notre road trip se poursuit, les humains se font plus rare, une pause Café Macchiatto dans un bar tenu par des indiens Paiute permet de recharger les batteries. Au fond d’une vallée déserte nous croisons un train de plus de deux kilomètres venu remplir ses wagons dans une improbable mine de fer. Au pays du gigantisme la taille et les distances s’affranchissent de leur propre réalité; je me sens parfois nain, parfois géant, même si je suis plus proche du nain…Finalement la Coor et la Budweiser remplacent le café, c’est ce que l’on appelle l’ivresse de la route , n‘est-ce pas?.
Devinez quoi ? Il neige.
Enfin Ouray, le Little switzerland, nous ouvre ses flancs charnus et rebondis. A l’image de l’Argentière-la-Bessée la station a gagné sa notoriété grâce à la cascade et plus précisément depuis l’avènement de son Box Canyon. A deux pas du village cette gorge d’un kilomètre de long, au sommet de laquelle court une conduite forcée, permet la création de dizaines d’itinéraires de niveaux variés. Ce site redouble d‘intérêt dès que les conditions d‘avalanche deviennent délicates, et attention car ces dernières sont des King-Size !!. Depuis près de quinze ans les grimpeurs américains et étrangers se retrouvent pour le Ouray Ice Festival, un rassemblement doublé d’une compétition .
Il neige encore. Cela n’empêchera pas Jeff Mercier et Boris Bilaire, squelettiques frenchies perdus au milieu des bûcherons Nord-américains de faire des croix sur les podiums. French Touch et Cocorico seront au goût du jour… 
Vous l’ai-je dis ? Je n’aime pas cette neige dans laquelle, dès lors que l’on quitte la trace faite depuis le début de saison, on enfonce jusqu’aux hanches.
Le long de la Camp Bird Road, se trouvent d’autres lignes moins fréquentées. Ainsi Choppo’sChimney ou Daylight sont de fabuleuses cascades-goulottes profondément nichées dans des replis de calcaire. Sur l’autre rive les célèbres Ribbon et Birdbrain Boulevard réservent quelques mouvement qui réveillent les neurones et connectent les synapses.
L’ambiance de Ouray étant plutôt agréable (pas de Mac Beurks, bains chauds extérieurs et soirées saloon bière à la main ) nous fixons notre camp de base au Ouray Chalet Inn, un motel très accueillant. Notre exploration nous emmène vers deux itinéraires exceptionnels, non loin de Telluride, autre célèbre station de ski : Ames Ice Hose est une très belle classique du genre dont l’approche débonnaire ne doit pas faire oublier le risque de plaque dans la pente terminale . Quand à Bridalveil falls, l’un des premiers grades 6 des US, elle est soumise à des fermetures temporaires. Mais fi de toute procrastination, les interdits ne sont -ils pas fait pour être brisés ?…Nous irons donc caresser de nos lames le généreux «rideau de la mariée« - nb: à partir de 2009 cette cascade sera complètement ouverte aux grimpeurs à conditions d‘en respecter l‘accès-Retour au lodge.
Pause Pinot gris de l’Oregon, T-Bone saignant, pumpkin pie avant de reprendre la Highway 550 et faire un saut à Red Mountain Pass. L’approche de Gravity RainBow et Blue Condition , deux superbes grades 5, se fera avec la neige au ventre, une constante. Pour la pénultième fois je me retrouve pendu sur mes manches de pioches, observant avec inquiétude la masse meringuée blanchâtre qui me surplombe. Partira, partira pas?. Méthode de réduction du risque ou pas, mes fessiers se contractent en un réflexe spasmodique et la tranchée que je creuse laborieusement, me laisse un arrière- goût acide, la peur sans doute ?.
Les avant-bras fatigués j’enfonce le cd, Lonnie Brooks me murmure encore « you know what my body need » tandis que nous arrivons à Silverton, ancienne ville de mineurs coincée entre un défilé encaissé et un col sinueux .
L’endroit est si désert que l’on pourrait se croire dans l’une de ces Ghost town de bande dessinée. Le soir, au motel, regardant tourbillonner les flocons à la lueur blafarde des réverbères, avec pour seule compagnie le mugissement du blizzard, je m’attend à voir apparaître le Jack Nicholson déjanté de « Shining», brrr … ce n’est pas un frisson dû au froid qui remonte le long de ma colonne….ça me fout la trouille.
Est-ce possible ? La neige redouble de violence. Mon sens de l’humour s’étiole en une courbe inversement proportionnelle à celle du White Risk.
Cette région dispose sans doute du plus vaste choix de grosses cascades du Colorado (et de grandes combes au-dessus). Nos petits skis d’approche ayant fait des merveilles dans les pentes chargées, c’est avec régal que nous ancrerons les piolets dans Stairway to Heaven et Worehouse Hoses . Evoluant de frappes en crochetages au milieu de la tourmente, je m’aperçois à quel point la montagne est devenue l’ossature de mon existence. La sensation d’être en accord avec les éléments, la nature, est un sentiment exaltant, jouissif et en même temps extrêmement ambigu : il éloigne doucement, mais sûrement, du monde des hommes. La voie achevée, la succession des rappels s‘enchaîne et je ne peux m‘empêcher d‘y trouver un parallèle avec la « descente » du junkie : un retour parfois désagréable, voire détestable, aux vicissitudes de la réalité.
Encore deux petites journées et il faudra songer au retour via Grand Junction, mais auparavant nos devrons décider qui de Durango, Wolf Creek ou Lake city aura la faveur d’une visite typée « mixte qui fait mal aux bras« . Un choix des plus cornélien !!.
Finalement le dossier neige sera clos par une explication laconique du Weather Channel : nous aurons connu les plus grosses chutes de neige depuis 15ans. Ouf, ce n’est donc pas toujours comme ça !.
vendredi 28 novembre
Mont Potosi, derniers pas dans l'Utah
Nous voici revenus vers Vegas. Il pleut et le grès devient ingrimpable, il faut donc changer nos plans. 
Nous nous dirigeons vers une paroi située à 1h de la ville, n'ayant pas de 4X4 il nous faudra aussi 1h d'approche. Mais le jeu en vaut largement la chandelle :la falaise est superbe, les voies plus sympas les unes que les autres, et qui plus est la plupart à l'abri...
Nous profitons donc de ces dernières heures d'escalade avec un acharnement de stakhanovistes




